Une cérémonie dédiée aux jeunes entreprises de l’océan
Le 21 mai 2026, l’Académie des technologies a organisé à l’École des Arts et Métiers, à Paris, la cérémonie de remise de ses Grands Prix 2026. Préparée en partenariat avec l’Académie de marine, cette édition était consacrée aux « technologies au service des écosystèmes marins », dans la continuité de la thématique pluriannuelle dédiée à la transition écologique.
Ces prix ont une vocation concrète : encourager, soutenir et valoriser de jeunes entreprises innovantes, créées depuis moins de huit ans, dans des secteurs industriels où la technologie peut répondre à de grands défis collectifs. L’édition 2026 distinguait deux champs complémentaires : l’exploration et la connaissance de l’océan et la décarbonation des usages maritimes.
La soirée a été ouverte par Manoelle Lepoutre, présidente de l’Académie des technologies, Philippe Roger, président de la section Sciences et Techniques de l’Académie de marine, et Paul Friedel, président de la Fondation de l’Académie des technologies. Elle a aussi donné lieu à une table ronde sur l’océan durable, animée par Claire Martin, avec notamment Jean-Marc Daniel, Prisca Jauffrineau, Olivier Peeters, Patricia Ricard, Farid Trad et Marie Thabard, présidente du CORIMER. Le GICAN figurait parmi les contributeurs, aux côtés notamment de l’Ifremer et des Pôles Mer Bretagne Atlantique et Méditerranée. L’ADEME, CMA CGM et TotalEnergies étaient partenaires des Grands Prix.
Deux lauréats pour mieux connaître et mieux décarboner la mer
Dans la catégorie « Technologies pour l’exploration et la connaissance de l’Océan », le Grand Prix a été remis à COSMA. Cette jeune entreprise développe une solution de cartographie des fonds marins fondée sur des essaims de drones sous-marins autonomes et sur l’analyse des données par intelligence artificielle. Pour un public non spécialiste, l’enjeu peut se résumer ainsi : rendre les fonds marins mieux observables, comme on a appris à cartographier les territoires terrestres. Les données produites peuvent servir à suivre la biodiversité benthique, préparer des projets d’énergies marines, inspecter des câbles ou sécuriser des zones sensibles.
Dans la catégorie « Innovations pour la décarbonation des usages maritimes », FARWIND a été distinguée. Issue de l’École Centrale de Nantes, l’entreprise conçoit des voiles rotors, aussi appelées rotors Flettner, qui utilisent l’effet Magnus pour transformer le vent en force de propulsion auxiliaire. Installées sur des navires neufs ou existants, ces voiles peuvent réduire la consommation de carburant, avec des gains annoncés par l’entreprise de 10 à 40 % selon les navires et les routes. FARWIND travaille aussi sur le concept de « navire-énergie », capable à terme de produire des carburants alternatifs en mer.
Au-delà de la dotation de 15 000 euros attribuée dans chaque catégorie, les Grands Prix apportent aux lauréats une visibilité auprès d’industriels, de chercheurs, de financeurs et de décideurs publics. Les finalistes bénéficient aussi d’un accompagnement bénévole d’un an par un membre de l’Académie des technologies, utile pour consolider une stratégie technique, industrielle ou commerciale.
Décarboner pour préserver un océan déjà sous pression
L’innovation maritime ne se limite pas à inventer de nouveaux équipements. Elle doit aider à comprendre un milieu encore largement méconnu, tout en réduisant l’empreinte des activités humaines. L’océan couvre 70,8 % de la surface, absorbe environ 30 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine et capte près de 90 % de l’excès de chaleur lié au réchauffement. Il est donc au cœur des équilibres climatiques.
Le transport maritime reste indispensable aux échanges mondiaux, mais il représente près de 2,9 % des émissions mondiales de CO2. L’Organisation maritime internationale vise la neutralité carbone du transport maritime international autour de 2050, avec une réduction d’au moins 40 % de l’intensité carbone d’ici 2030 et une montée en puissance des carburants et technologies à émissions nulles ou quasi nulles.
Les solutions récompensées montrent deux directions utiles à l’économie bleue : mieux mesurer pour mieux décider, et réduire les émissions dès l’exploitation des navires. Pour le CORIMER, elles illustrent la nécessité de faire travailler ensemble start-up, grands groupes, recherche, armateurs, chantiers et pouvoirs publics. La durabilité de l’océan dépendra autant des ruptures technologiques que de leur déploiement concret, à l’échelle des flottes, des ports et des usages en mer.
