Un appel à projets pour faire passer l’innovation du laboratoire au navire
La décarbonation du transport maritime est devenue un enjeu industriel autant qu’environnemental. Le secteur reste indispensable aux échanges mondiaux, mais il doit réduire rapidement ses émissions et préparer la neutralité carbone visée par l’Organisation maritime internationale à l’horizon 2050. C’est dans ce contexte qu’a été lancé l’appel à projets « CORIMER Navires Bas Carbone », ouvert du 27 janvier au 15 octobre 2025 dans le cadre de France 2030.
Porté par le CORIMER, piloté par le Secrétariat général pour l’investissement et opéré par l’ADEME, le dispositif soutient des briques technologiques et des démonstrateurs pour le maritime et le fluvial. Deux axes sont ciblés : réduire la consommation d’énergie par l’efficacité énergétique, l’optimisation des performances, le routage ou la baisse des émissions de CO2 ; et intégrer des énergies renouvelables ou bas carbone à bord, comme la propulsion électrique, les carburants durables hors hydrogène ou la propulsion vélique.
L’appel s’adresse aux entreprises seules ou en consortium, jusqu’à cinq partenaires, notamment équipementiers, bureaux d’études, intégrateurs, chantiers navals et armateurs. Les projets doivent relever de la R&D ou de démonstrations en conditions réelles et atteindre au moins un TRL 7 en fin de parcours. Les seuils de coût total sont fixés à 1 million d’euros minimum pour les projets portés ou coordonnés par une PME et à 4 millions pour ceux portés par une grande entreprise. L’aide combine subventions et avances remboursables, avec une part de subvention généralement fixée à 60 % et un plafond d’aide de principe de 8 millions d’euros par projet.
Une annonce politique à l’occasion du salon EUROMARITIME
Les trois premiers lauréats ont été annoncés le 4 février 2026, à l’occasion du salon EUROMARITIME, à Marseille. Le salon rassemblait les acteurs de l’économie maritime et fluviale européenne autour de la décarbonation, de la souveraineté industrielle, de l’emploi et de la sécurité maritime.
L’annonce a été portée par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, Philippe Tabarot, ministre des Transports, Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, et Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement. Ell: faire de la transition bas carbone du maritime un projet industriel, créateur de valeur, de souveraineté technologique et de débouchés à l’export.
Dans la presse spécialisée comme dans la presse économique régionale, cette annonce a été replacée dans un mouvement plus large : armateurs, ports et chantiers doivent conjuguer urgence climatique, pression réglementaire, hausse des coûts énergétiques et besoin de solutions rapidement déployables sur les navires existants.
Trois lauréats, trois leviers complémentaires
AWAKE, porté par Beyond the Sea, Zelin, Madintec et IMS, s’attaque à la propulsion. Le projet développe un système complet de traction par kite, automatisé, modulaire et capable de voler à 360 degrés. L’objectif est de proposer une assistance vélique facile à installer, compatible avec les navires neufs comme avec le rétrofit. Le système associe un pilote automatique, un algorithme de routage et une plateforme de gestion des données afin d’optimiser l’usage du vent. Il illustre le potentiel d’une filière française de la propulsion vélique capable de produire, intégrer et exploiter des solutions à grande échelle.
ECO-SUITE, porté par Spinergie, traite l’efficacité opérationnelle. Le projet vise à créer deux outils complémentaires. ECO-METRICS modélise la performance environnementale des navires à partir de données publiques. ECO-PERFORM aide armateurs et affréteurs à réduire leurs émissions par l’optimisation des opérations, des trajets et des consommations. L’enjeu est de transformer les données maritimes en leviers d’action concrets.
SYROCO Live Next Gen, porté par Syroco, mise sur le routage avancé. La solution doit concevoir une plateforme dynamique et personnalisée, adaptée à tout type de navire, en intégrant les contraintes opérationnelles réelles et les caractéristiques techniques de chaque unité : propulsion propre, carburants alternatifs, opérations de cargaison ou profils de navigation. En s’appuyant sur des modèles physiques, des jumeaux numériques, l’intelligence artificielle et les données en temps réel, Syroco veut aider les opérateurs à choisir les trajectoires les plus sobres, sans dégrader la sécurité ni la performance.
Après l’appel à projets : industrialiser, évaluer, dialoguer
La sélection de ces trois premiers projets n’est qu’une étape. La suite consistera à contractualiser les aides, déployer les démonstrateurs, mesurer les gains environnementaux en conditions réelles et préparer le passage à l’échelle. La seconde relève de l’appel à projets doit aussi permettre d’élargir le portefeuille de solutions soutenues, afin de couvrir l’ensemble des besoins : navires, équipements, logiciels, intégration, exploitation et maintenance.
Dans cette trajectoire, le rôle du CORIMER est central. Instance de dialogue entre l’État et la filière des industriels de la mer, il oriente les priorités de R&D, fait émerger des consortiums, identifie les projets à fort potentiel et les relie aux bons dispositifs publics. Ses feuilles de route, notamment Green Ship, Smart Ship et Smart Yard, donnent un cadre commun à l’innovation maritime.
Pour la filière navale française, l’enjeu est désormais de transformer ces projets en références industrielles. En rapprochant entreprises, armateurs, ports, chercheurs et pouvoirs publics, le CORIMER contribue à construire une réponse collective : décarboner les navires, renforcer la compétitivité française et faire de l’innovation maritime un levier concret de transition écologique.

