Une journée pour mettre le vent au cœur du maritime
Le 4 juin 2026, à Lorient, le salon Navexpo a accueilli une Journée de l’Innovation maritime consacrée à la propulsion vélique, organisée par la DGAMPA – Affaires maritimes, pêche et aquaculture. Dans un salon tourné vers les savoir-faire industriels, les innovations technologiques et les solutions de décarbonation, cette journée devait permettre avait pour ambition de préciser la méthode pour passer du prototype au déploiement. Retours d’expérience à bord, modèles économiques, normalisation, réglementation, recherche et développement : les échanges ont permis de regarder le sujet dans toute sa réalité. Car le vélique ne se limite plus à l’image traditionnelle de la voile. Il désigne aujourd’hui des systèmes modernes — ailes rigides, voiles articulées, kites, rotors ou mâts composites — capables d’aider les navires à réduire leur consommation d’énergie. Marie Thabard, présidente du CORIMER, a rappelé l’enjeu pour la filière : « La propulsion vélique y occupe une place centrale. Pourquoi ? Parce qu’elle répond de manière très concrète à l’un des défis majeurs de notre secteur : la décarbonation du transport maritime. »
Des enjeux industriels, climatiques et de souveraineté
Pour la filière française, la propulsion vélique représente à la fois une réponse environnementale et une opportunité industrielle. Le transport maritime doit réduire ses émissions, tandis que les armateurs cherchent des solutions fiables, mesurables et compatibles avec leurs opérations. Le vent a un avantage évident : il est disponible en mer et peut diminuer le recours aux carburants. Mais son intégration exige de résoudre des questions très concrètes : performance réelle selon les routes, sécurité, maintenance, automatisation, formation des équipages, adaptation des ports et certification des équipements. Sur ce point, la France dispose déjà d’un écosystème dense. Comme l’a souligné Marie Thabard, « La filière française couvre désormais l’ensemble du spectre technologique : kites de traction automatisés, ailes rigides et voiles articulées, gréements biplans autoportés, grands mâts en composite carbone. » Cette diversité est un atout, car elle permet de répondre à différents types de navires et d’usages. Le CORIMER, avec notamment la feuille de route Green Ship « Décarbonation et navires écologiques », accompagne cette dynamique en structurant les priorités de recherche et d’innovation, en lien avec l’État et les industriels. Les dispositifs CORIMER, les AMI 2022 et 2023 ou encore l’AAP Navires bas carbone ont contribué à faire émerger des projets concrets. Le cap est désormais celui de l’industrialisation. Des sites se développent à Caen, Lanester ou Saint-Nazaire, signe que l’innovation entre dans les ateliers. « Le vélique n’est plus une technologie de niche. C’est une solution industrielle crédible, au service de la décarbonation et de notre souveraineté maritime. »
Changer d’échelle grâce aux partenariats publics-privés
La prochaine étape sera décisive : transformer les démonstrateurs en commandes, puis en capacités industrielles durables. Pour cela, les partenariats publics-privés sont essentiels. Les entreprises innovantes ont besoin de visibilité, de financements, de sites d’essais, de données partagées et de règles communes. Les pouvoirs publics, eux, ont besoin d’une filière capable de produire des solutions fiables, compétitives et exportables. La normalisation jouera un rôle essentiel pour comparer les performances, rassurer les armateurs et faciliter l’intégration de ces technologies à bord. La recherche devra aussi poursuivre ses efforts sur les matériaux, l’aérodynamique, le pilotage automatique et l’optimisation des routes. Marie Thabard l’a résumé : « Nous sommes à un moment charnière. » La compétition internationale s’intensifie, les investissements sont lourds et les cycles industriels restent longs. D’où l’importance d’un soutien stable : « Dans ce contexte, la visibilité et la continuité du soutien public sont déterminantes. Car derrière ces projets, ce sont des emplois, des territoires, et des capacités industrielles que nous construisons. » À Lorient, la propulsion vélique est donc apparue comme bien plus qu’une innovation technique. Elle ouvre une voie concrète pour décarboner le maritime, renforcer l’industrie française et positionner la France sur un marché d’avenir. Comme l’a conclu la présidente du CORIMER, « Le vélique est plus qu’une innovation technologique. C’est une opportunité stratégique ».
